FttH : Les opérateurs régionaux se lancent dans le dégroupage des NRO et PMZ des OCEN

C’était un souhait, c’est désormais une réalité : les opérateurs régionaux s’engagent dans le dégroupage des points de mutualisation et NRO de l’opérateur Orange, principal acteur du déploiement de la fibre mutualisée (FttH / FttE) en zone AMII et ZTD.

Après l’annonce de LaSoTel à Lyon il y a quelques mois qui a fait le choix de dégrouper localement des NRO de l’opérateur Orange, c’est au tour de l’opérateur Neuronnexion, adhérent et cofondateur de l’AOTA, d’annoncer avoir finalisé le raccordement de 50 points de mutualisation sur le territoire de la commune d’Amiens.

En outre, cette annonce est adossée à l’arrivée d’une offre de gros locale au bénéfice de l’ensemble de l’écosystème d’opérateurs régionaux désireux de servir des clients finals sur le territoire amienois.

« Nous sommes très heureux de cette annonce qui prouve que l’objectif de l’ARCEP de créer de nouveaux acteurs de détail et/ou de gros dédié au marché entreprises n’est pas impossible à l’échelle régionale » se réjouit David Marciano, Président de l’AOTA, qui ajoute que « désormais, outre l’importance de bénéficier d’une offre de gros FttH activé nationale chez OWF, notre but est de répliquer ces initiatives à large échelle puis de fédérer les offres de gros des adhérents qui déploient des infrastructures pour favoriser l’émergence d’un opérateur d’infrastructure multi-régional qui mutualisera les efforts de nos adhérents ».

Neuronnexion est également l’un des deux représentants de l’AOTA au sein du Comité d’experts fibre de l’ARCEP.

Analyses de marché : l’Union Européenne soutient le lancement d’offres activées

C’était une demande répétée de nombreux acteurs depuis plusieurs mois et force est de constater qu’elle a été entendue jusqu’à Bruxelles : la production d’offres activées par l’opérateur dominant français pour les opérateurs alternatifs du marché B2B.

L’Union Européenne vient en effet de rendre son avis suite aux analyses de marché ARCEP. Dans celui-ci, mis en ligne publiquement par l’UE et relayé par l’AOTA, il est notamment question de « l’absence d’offres d’accès bitstream sur le segment professionnel du marché de détail ».

Consciente des quelques avancées proposées par le régulateur sectoriel français, la Commission Européenne semble toutefois insatisfaite de celles-ci puisqu’elle « observe qu’Orange a toute latitude pour adapter ses offres actuelles de co-investissement et de location de ligne de manière à permettre aux opérateurs souhaitant desservir le segment professionnel du marché de détail du haut débit d’exercer leurs activités d’une manière économiquement viable. Les informations actuellement disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude si une modification des conditions tarifaires pourrait effectivement avoir l’effet escompté. Si les barrières à l’entrée sur le marché de gros de l’accès central restent élevées malgré l’existence de nouvelles offres d’accès passif et si les opérateurs ne commencent pas à proposer des offres de gros d’accès actif diversifiées, comme l’envisage l’ARCEP, la Commission réitère son observation formulée dans le cadre de la précédente analyse de marché invitant l’autorité à reconsidérer l’imposition d’une obligation de fournir des produits d’accès sur fibre de type bitstream, au moins dans les zones où d’autres produits d’accès ne sont pas économiquement viables.« 

Dans la continuité des demandes en faveur d’une régulation asymétrique plus importante formulées précédemment, l’Union Européenne milite pour un marché français largement plus concurrentiel et en particulier sur le segment des entreprises. Cette demande passe par une capacité pour les opérateurs régionaux de répliquer les offres de détail actuellement proposées par l’opérateur dominant sur l’ensemble des zones ouvertes à la commercialisation.

Ces dernières semaines, des voix s’étaient élevées – telle que celle de la Députée Hennion – pour réclamer un changement de paradigme au sein du régulateur, arcbouté sur une instable position d’ouverture du marché de gros sans toutefois donner au préalable un accès large et générique au réseau FTTH de l’opérateur dominant, héritier du domaine public national des télécommunications, et qui est donc le plus capillaire in fine.

L’AOTA espère désormais que le régulateur sectoriel français prendra acte de cette position afin d’apporter aux opérateurs régionaux la capacité à accéder à l’ensemble du réseau de l’opérateur dominant par le biais de collectes activées nationales, régionales et locales (au NRO) pour stimuler un marché parent pauvre de la régulation depuis près de deux décennies.

QoS or not QoS : Le FTTH peut-il supporter une qualité de service renforcée ?

Le titre de cet article évoque à lui seul une difficulté opérationnelle à venir pour les opérateurs de boucles locales optiques mutualisées : répondre à la volonté du régulateur d’offrir des services à qualité de service renforcée (GTI et/ou GTR de quelques heures en horaires ouvrés) sur une infrastructure conçue à l’origine pour être mutualisée de bout en bout.

Pour rappel, en France, c’est une mutualisation au plus près de l’abonné qui a été retenue et non une mutualisation globale au NRO. Ce qui n’est pas sans créer de nombreux points de défaillance potentiels (voir ci-dessous) et autres incidents de sécurité.

En ZTD (une centaine de communes), le point de mutualisation (PM) de l’opérateur se trouve en pied d’immeuble ce qui réserve son lot de surprises parmi lesquelles les impossibilités d’accéder aux parties communes pour les techniciens des opérateurs empêchant de facto ceux-ci de tenir une GTR forte (4H ouvrées ou 24×7), ou encore la dégradation du PM lorsque celui-ci est mal sécurisé.

En ZMD, le PM déployé par Orange ou SFR se trouve généralement en armoire de rue. Si l’on s’en tient à la réglementation, ces PM devaient être initialement d’une taille de 1000 lignes mais l’exception est devenue la règle et toutes les villes ont ainsi vu pousser des armoires de 300 lignes. Ces armoires aux multiples intervenants sont autant de points de vulnérabilité dans le réseau et de nombreux cas remontés par les forums et autres réseaux sociaux le prouvent régulièrement (voir également ici).

Dans les zones de RIP, selon le concepteur et/ou exploitant retenu, les PM sont parfois mieux protégés (shelters bétons) et sont adossés à un NRO ce qui permet en outre une plus grande souplesse pour les opérateurs qui souhaitent activer les lignes passives sans supporter le coût d’un lien de transport NRO-PM. Hélas, des adhérents de l’AOTA ont constaté que ce modèle n’était généralement pas retenu dans certains territoires qui se sont attachés les services d’un OCEN pour construire et exploiter leur RIP, répliquant ainsi le modèle courant dans les ZMD propice à créer une barrière technique et économique tant ces armoires sont nombreuses.

  • Quelle architecture fibre propose la meilleure qualité de service aux entreprises ?

Entre le FTTH (fibre mutualisée avec ou sans qualité de service renforcée), le FTTE (fibre dédiée mais fondée sur le réseau mutualisé) ou le FTTO (fibre point à point dédiée), de toute évidence, le FTTO restera la norme en matière de qualité de service optimale pour beaucoup d’entreprises recherchant une Garantie de Temps de Rétablissement (GTR) forte de 4 heures ouvrées minimum.

Une GTR étant une obligation de résultat générant des pénalités pour l’opérateur lorsque celle-ci n’est pas respectée, elle nécessite une organisation très spécifique d’où la différence de coûts face une offre ne disposant pas de GTR ou d’une simple GTI (Garantie de Temps d’Intervention), à l’opposé d’une offre intégrant une GTR de 4H ouvrées mini. 

Le FTTE (fibre dédiée empruntant les câbles de la BLOM et soudée au PM) pourrait apporter une réponse plus efficace économiquement. Il n’en reste pas moins qu’il empruntera des câbles et des armoires (ZMD, RIP) ou boitiers (ZTD) prévus pour l’infrastructure BLOM traditionnelle. Les premières offres fondées sur cette architecture arriveront début 2018 sur le marché.

Comme le démontre le schéma ci-dessus, le réseau FTTH – avec ou sans garantie de service « renforcée » – comportera en l’état trop de points de défaillance possibles qui ne pourront pas permettre d’assurer une GTR forte (4H maxi) aux utilisateurs finals. La recherche des responsabilités ainsi que la mise en œuvre d’une solution de rétablissement prendra un certain temps dans le cas de réseaux mêlant plusieurs intervenants, c’est pourquoi certaines entreprises ne pourront se contenter de ces offres « best effort ». L’AOTA appelle sur ce dernier point ses adhérents à faire preuve de pédagogie dès à présent auprès de leur clientèle.

Si elle soutient une nécessaire amélioration technico-économique des offres pour les entreprises à commencer par les plus petites, l’AOTA sera également très attentive aux incidents de production rencontrés par ses opérateurs adhérents qui décideront de proposer des offres FTTH à qualité de service renforcée. L’enjeu étant de ne pas léser les utilisateurs finals dont le contrat intègre une GTR minimale, pouvant s’avérer intenable en raison d’une infrastructure inadaptée à un délai de remise en état court.