Adoption d’IPv6 : Les autorités françaises vont proposer à la présidence du Conseil de l’Union européenne de se saisir du sujet

Suite à la demande de l’AOTA au gouvernement français de se saisir de la transition vers IPv6 et de la préservation de l’équilibre concurrentiel dans une récente lettre ouverte envoyée le 4 juin dernier, celle-ci vient de trouver une réponse issue de la direction générale des entreprises (DGE).

Dans son courrier, la DGE indique « partager les préoccupations décrites dans le courrier concernant la raréfaction du stock d’adresses IP définies selon le protocole IPv4, ainsi que les enjeux liés à la transition vers le protocole IPv6 » et ajoute que « la transition vers ce nouveau protocole de communication apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur de compétitivité et d’innovation auquel nous nous devons d’accorder une attention toute particulière ».

Avant de poursuivre : « Comme vous l’avez noté, les capacités d’action du Gouvernement en la matière sont cependant, limitées par l’absence de base législative l’autorisant à réglementer ce type de ressources, du fait que les adresses IP sont gérées au niveau international par l’ICANN et attribuées directement au niveau européen par le registre Internet européen, le RIPE NCC basé à Amsterdam. »

Toutefois, « compte tenu de cette situation, et pour faire écho à votre proposition de « lignes directrices établies en conseil des ministres de l’Union » portant sur les équipements terminaux, les obligations d’interconnexion et le modèle de gestion de l’adressage IP, les autorités françaises vont proposer à la présidence du Conseil de l’Union européenne qu’elle mette à l’agenda d’un groupe de travail du Conseil « Télécommunications et société de l’information » la question de la transition vers l’IPv6 et qu’elle saisisse de l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (ORECE) pour avis sur ce dossier.« 

Si cette – très – timide réponse de principe apporte des débuts d’action, au demeurant d’information et non de contrainte vis-à-vis des parties impliquées (opérateurs, hébergeurs, etc), l’AOTA se félicite que le gouvernement et ses services prennent enfin en considération l’impérative nécessité d’introduire IPv6 en production au plus vite car le stock d’IPv4 disponibles sera atteint d’ici mi-novembre 2019.

Par ailleurs, la DGE rappelle dans son courrier que l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) peut jouer un rôle d’appui pour faciliter la transition vers IPv6. C’est en effet un sujet que l’autorité administrative indépendante suit de près, à travers notamment son « Baromètre annuel de la transition vers IPv6 en France » qui lui permet d’évaluer précisément l’état du déploiement de ce protocole dans notre pays. Une « task force » sera prochainement mise en place par l’ARCEP sur ce sujet.

« Je vous invite à vous rapprocher du régulateur pour y participer » conclut le représentant de la DGE. Dont acte, l’AOTA est déjà candidate tout comme plusieurs membres individuels à cette « task force ».

L’AOTA demande au gouvernement de se saisir de la transition vers IPv6 et de la préservation de l’équilibre concurrentiel

Fondée en mars 2017, l’AOTA est l’Association des Opérateurs Télécoms Alternatifs français. Elle réunit aujourd’hui près de 50 opérateurs d’envergure régionale déclarés auprès de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) et membres du RIPE, partout en France incluant les DROM-COM. Ils génèrent plus de 220 millions d’euros de chiffre d’affaires agrégé pour plus de 1500 emplois directs.

Grâce à la diversité de leurs services, leur taille humaine, leur parfaite connaissance des technologies Internet, leur approche de proximité et leur offre ciblée, les opérateurs télécoms alternatifs sont des acteurs commerciaux de droit privé essentiels à l’essor numérique et économique des territoires. Ils sont au cœur du marché français des télécommunications depuis l’ouverture de la concurrence, aux côtés des opérateurs commerciaux d’envergure nationale (OCEN).

Face aux problématiques concurrentielles que suscite le mouvement de transition vers le protocole IPv6 du fait de la pénurie à venir d’adresses IPv4, structurellement inévitable mais dont les conséquences sont aggravées par le comportement inefficace de certains acteurs qui disposent d’un très grand stock d’adresses IPv4 non utilisées ou excédant largement leurs besoins réels, l’AOTA a décidé de saisir le gouvernement français et les autorités compétentes (ARCEP et ADLC) sur ce sujet.

En effet, les projections en matière de disponibilités à l’attribution d’adresses IPv4 pour l’Europe laissent entrevoir un épuisement du stock dans le courant de l’année 2020, autant dire demain. Il est indispensable d’agir dès maintenant pour permettre à toutes les innovations de se développer et ne pas freiner la concurrence sur le marché des télécoms entre ceux qui auront des ressources IPv4 suffisantes et les nouveaux entrants.

  • Lire notre lettre ouverte à Madame Agnès Pannier-Runnacher, Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie et des Finances

Adoption d’IPv6 en France : l’AOTA demande l’intervention de l’ARCEP

Depuis sa création, l’association a souhaité être force de propositions au profit de l’innovation dans le secteur des télécoms en France.

Face au retard français qui s’accumule chez l’ensemble des acteurs et chez les clients finals in fine, l’AOTA a ainsi proposé à l’ARCEP d’engager de nouvelles actions en faveur du déploiement plus rapide et mieux coordonné du protocole IPv6.

Cela a pour objet de mettre en exergue et mettre un terme à des situations préjudiciables à tous les acteurs de la chaîne de valeur :

  • Chez certains opérateurs, un partage d’adresses IPv4 entre plusieurs clients (une IPv4 “découpée” en ressource attribuée à plusieurs utilisateurs)
  • Chez certains opérateurs de taille modeste et adressant essentiellement le marché B2B, une incapacité croissante à fournir des plages d’IPv4 dédiées à un client avec son service d’accès Internet en comparaison avec des acteurs de plus grande taille disposant de ressources IPv4 suffisantes ou ayant la capacité financière à s’en procurer massivement via le “grey market” dont il conviendrait de mesurer les impacts négatifs sur l’intensité concurrentielle en France et en Europe
  • Chez certains services en ligne, l’impossibilité de disposer de ressources pour soutenir le développement de leurs innovations (IoT, M2M, etc) et l’incompatibilité de réseaux d’accès et/ou terminaux empêchant l’accès à ces nouveaux services et applications
  • Chez quelques opérateurs, des différences de qualité d’accès constatées par les utilisateurs finals entre un accès IPv4 et IPv6 pour accéder à des services distants (plateformes OTT telles que Netflix, etc)

Au-delà de sa mission de production d’un observatoire régulier, il semblerait judicieux que le régulateur observe désormais le respect des obligations qui incombent à l’ensemble des acteurs du marché (opérateurs, équipementiers…) : en effet selon la loi République Numérique, « à compter du 1er janvier 2018, tout nouvel équipement terminal, au sens de l’article L.32 du code des postes et des communications électroniques, destiné à la vente ou à la location sur le territoire français devait être compatible avec le protocole IPv6 ». Cela ne semble pas être le cas pour tous les fournisseurs d’accès (services fixes ou mobiles) en sus de problèmes d’accès à certains services Internet ressentis par les utilisateurs finals chez plusieurs acteurs.

Il conviendrait de mesurer désormais auprès des acteurs du marché si celle-ci est respectée et si des actions correctives sont menées spontanément pour parvenir à une compatibilité native avec IPv6 de l’ensemble des terminaux vendus ou loués aux consommateurs et personnes morales. Et par extension, de l’avancée réelle du déploiement et de l’utilisation d’IPv6 dans les réseaux d’accès français. L’association a suggéré l’ouverture d’une enquête administrative à ce sujet afin de disposer de données fiables.

L’AOTA propose enfin que l’ARCEP initie la création d’un groupe de travail et/ou “comité d’experts IPv6” permettant, en lien avec l’obligation mentionnée précédemment, de faire de la France l’une des locomotives de l’Internet de demain en Europe. Ce comité pourrait, outre les principaux opérateurs, réunir aussi des équipementiers, représentants d’éditeurs de services spécialisés (IoT, etc), associations de collectivités, services de l’État (ANSSI, DISIC, etc), afin de proposer des pistes et actions communes pour déployer plus rapidement ce protocole incontournable. Ce groupe aurait la charge de synchroniser son travail avec le BEREC, et éventuellement avec d’autres régulateurs étrangers, dans l’objectif de mener avec eux une action de plus grande envergure pour favoriser l’usage d’IPv6 en lieu et place du protocole IPv4 devenu limitant techniquement et commercialement.